lundi 8 avril 2013

Colonnes et obélisques 1

Comme promis, je mets en ligne le texte de ma conférence du 2 avril 2013. J’intervenais dans le cadre d’un mini-colloque organisé par la galerie Le Passage de l’Art dans l’amphithéâtre de L’Alcazar. Le titre dudit colloque était « La statue contemporaine : de la forme redressée à l’installation. Quelles statues pour le XXIe siècle ? »

Colonnes et obélisques.
De la verticalité des monuments marseillais
(1775-1911)

L’intitulé de notre colloque pose la question suivante : quelles statues pour le XXIe siècle ? Il m’a semblé utile pour lancer le débat de lui redonner un cadre historique en choisissant un exemple connu : la cité phocéenne. De plus, j’ai souhaité aborder le thème de la verticalité des monuments commémoratifs et les fontaines à travers le motif de la colonne et de l’obélisque ; en effet, l’utilisation de ces deux éléments décoratifs est circonscrit, à Marseille, dans un laps de temps relativement court, à savoir 150 ans.

Joseph Vernet, Le port de Marseille,
gravure, 1760 (détail)
Archives Départementales des Bouches-du-Rhône 1 Fi 3207

Ainsi, avant la fin du XVIIIe siècle, la cité phocéenne ne possède pas d’œuvres proprement monumentales dans son urbanisme ; l’utilitaire – comme les bornes-fontaines du Vieux-Port – prime alors sur le somptuaire. Il faut attendre 1775 pour voir les chanoines de Saint-Victor ériger une grande fontaine sur l’esplanade aménagée devant leur abbaye.

Borel, Grue et Canquoin, Place Saint-Victor,
gravure, vers 1830
Archives Départementales des Bouches-du-Rhône 1 Fi 3468

Cette fontaine se compose d’une colonne torse posée sur un piédestal, d’un chapiteau et d’un globe de granit, tous trois antiques. L’esthétique de cette construction répond alors à deux critères principaux.
- D’abord, il répond au courant artistique néoclassique qui séduit toute l’Europe depuis la redécouverte et les fouilles de Pompéi et d’Herculanum ; la plus ancienne ville de France n’ayant pas conservé son patrimoine antique, les chanoines réinventent son passé par des remplois provenant de leurs propres cryptes.
- Ensuite, il répond à l’esprit des Lumières qui associe l’embellissement urbain à l’utilitaire ; les chanoines rappellent donc dans une inscription qu’il ont fait venir l’eau à leur frais dans un quartier en développement, pour l’utilité publique et l’ornement.
Aujourd’hui, les vestiges de cette fontaine se trouvent au parc Borély.

Transfert de la Fontaine Fossati sur la place des Fainéants
(auj. des Capucines), dessin, 1863
Archives Départementales des Bouches-du-Rhône 7 O 15-7

Dominique Fossati, Fontaine Fossati, 1778
Place des Capucines, 1er arrondissement
© photo Xavier de Jauréguiberry

Trois ans plus tard, en 1778, les échevins commandent à Dominique Fossati (1710-1792) une majestueuse fontaine pour la place La Tour, l’ancêtre de la place du Général de Gaulle. La même volonté antiquisante préside à cette érection mais, cette fois, c’est le motif de l’obélisque qui est privilégié. Par ailleurs, ici s’ajoute un troisième critère esthétique : la rivalité avec Aix, la capitale de la Provence. L’œuvre s’inspire en effet de la fontaine de la place des Prêcheurs à Aix. Amputée en 1814 de l’aigle qui la couronnait à l’origine, elle a été déplacée en 1863 sur la place des Capucines.

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