jeudi 30 mai 2013

Conférence

Demain, débutent à la salle d’exposition du Parc du 26e Centenaire les traditionnelles Journées Culturelles de Printemps du Comité Inter Quartier Castellane Cantini Prado. Le thème de cette année est « histoire d’eaux ».
C’est dans ce cadre que, dimanche 2 juin, à 15heures, je donnerai une conférence intitulée « 200 ans de fontaines à Marseille, 1800-2000 ». Mon intervention fera écho l’exposition permanente « Les architectures de l’eau à Marseille du XVIIIe siècle à nos jours ». Il s’agit en fait de la présentation de documents prêtés par les Archives départementales des Bouches-du-Rhône relatifs à l’exposition que j’avais organisée l’année dernière.

vendredi 17 mai 2013

Colonnes et obélisques 4 et fin

On le voit, le néoclassicisme et les références romaines dominent la création monumentale marseillaise entre 1770 et 1830. Par la suite, le motif de l’obélisque disparaît tandis que la colonne – elle – se raréfie. Cependant, parmi les rares exemples tardifs de colonnes, se trouvent deux chefs-d’œuvre.

Esprit Latour, Abords de la chapelle de N-D de la Garde, projet, 1864
Archives départementales des Bouches-du-Rhône 7 O 20 59-6

Henry Espérandieu & Eugène Guillaume
Colonne de l’Immaculée Conception, 1857
Angle des bd Voltaire et de la Liberté, 1er arrondissement

Le premier glorifie l’Immaculée Conception. C’est le 8 décembre 1854, le pape Pie IX promulgue ce dogme. Dans la foulée, la Ville, sous l’impulsion de Mgr de Mazenod, commande un monument célébrant la nouvelle croyance à l’architecte Henry Espérandieu (1829-1874) – malgré les difficultés qu’engendre son appartenance au culte protestant – et au sculpteur Eugène Guillaume (1822-1905).
Afin que la Vierge dorée devienne un signal urbain bien visible, Espérandieu accentue la verticalité de son monument par rapport au premier projet soumis. Il rehausse sa colonne d’un haut piédestal, l’ensemble culminant à 9 mètres. Par ailleurs, la colonne n’est plus ici un simple support ou faire-valoir ; elle participe pleinement au message. Ainsi le chapiteau, habité comme dans l’art médiéval, présente-t-il des anges. Le fût, pour sa part, est incisé de symboles virginaux : monogramme marial dans des mandorles, lys et roses, étoiles. Ces décors sont dorés ou peint en bleu, ce qui en faisait – avant que les couleurs ne s’efface – le 1er monument polychrome de Marseille.
Le choix du site a fait longtemps débat. Le maire préférait les abords cossus de N-D de la Garde ; l’évêque, toutefois, réussit à imposer un terrain privé au bout du bd d’Athènes, dans un quartier populaire à rechristianiser. La colonne de l’Immaculée Conception y est inaugurée le 8 décembre 1857. Toutefois, elle doit déménager en 1922 pour céder sa place à l’escalier de la gare Saint-Charles en construction ; elle se trouve aujourd’hui à l’angle des bd Voltaire et de la Liberté.

Monument à Lamartine, carte postale

Je passe rapidement sur le modeste Monument à Lamartine, érigé en 1891 sur le plateau Longchamp et qui se trouve aujourd’hui orphelin de son buste fondu pendant l’Occupation.

Anonyme, La fontaine Cantini en chantier, photographie, 1911
Musée d’histoire de Marseille 2004-6-11-001

Inauguration de la fontaine Cantini
Carte postale, 12 novembre 1911

L’ultime monument à utiliser une colonne est la Fontaine Cantini. Le marbrier Jules Cantini (1826-1916) offre à sa ville natale une fontaine colossale, due au ciseau du sculpteur André Allar (1845-1926), qu’il édifie sur la place Castellane, l’ancien emplacement de l’obélisque. Ses dimensions sont impressionnantes, atteignant une hauteur totale de 31,5 mètres répartis de la sorte : piédestal (9m), fût (13,7m), chapiteau (1,5m), socle (1,3m) et allégorie de Marseille (6m). L’œuvre engloutit 1616 tonnes de marbre de Carrare : cette débauche magnifie le matériau qui a fait la fortune du marbrier.
La fontaine, inaugurée le 12 novembre 1911, constitue le jalon central du grand axe urbain nord-sud, partant de l’arc de la porte d’Aix et aboutissant à l’obélisque de Mazargues.
Après cette apothéose impossible à surpasser, les monuments publics du XXe siècle et du début du XXIe siècle explorent – me semble-t-il – d’autres voies que la monumentalité et la verticalité. Pour moi, les édicules commémoratifs reviennent à une échelle plus humaine ; quant aux fontaines, elles se développent de nos jours essentiellement à l’horizontale.

mercredi 1 mai 2013

Colonnes et obélisques 3

Projeté dès 1808, l’obélisque de la place Castellane est érigé en 1811 par l’architecte François Michaud – directeur des Travaux Publics de la Ville de 1808 à 1813 – et non par Michel-Robert Penchaud (1772-1833) comme le prétend la tradition. Ses dimensions, jusqu’alors inusitées pour une fontaine à Marseille, en font un monument exceptionnel à la hauteur de l’événement qu’il commémore : la naissance du roi de Rome, fils de Napoléon 1er et de l’impératrice Marie-Louise.

François Michaud, Projet d’obélisque pour la place Castellane, 1808
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1 Fi 192

La place Castellane, carte poste, avant 1910

Toutefois, près d’un siècle après son édification, il faillit disparaître, Jules Cantini (1826-1916) convoitant son emplacement pour l’érection sa propre fontaine. Sa destruction revenant plus cher que son transfert, on le déplace alors au rond-point de Mazargues, en 1909, à l’emplacement d’un bassin (avec colonne) conçu sous le 2nd Empire. Mais il y perd sa fonction de fontaine.

Colonne et bassin du rond-point de Mazargues, dessin
vers 1860-1865
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 7 O 17-3

François Michaud, Obélisque
rond-point de Mazargues, 9e arrondissement
© Xavier de Jauréguiberry

Sous Louis XVI, le projet d’un arc de triomphe à Marseille avait germé sans aboutir. Il se concrétise finalement en 1823. Le chantier, mené par Michel-Robert Penchaud, débute en 1825 et s’achève en 1839… trois ans après celui de la place de l’Étoile à Paris. Plus encore qu’avec la colonne ou l’obélisque, il s’agit ici de recréer l’antiquité qui manque tant au paysage urbain de la plus vieille ville de France : l’arc s’inspire directement de celui de Titus, à Rome. L’iconographie des bas-reliefs évoque les grandes batailles menées sous la 1ère République et sous le 1er Empire. Le décor se complète par 8 allégories couronnant les colonnes corinthiennes de l’Arc et symbolisant les vertus militaires : Dévouement, Résignation, Valeur et Prudence au nord ; Force, Tempérance, Vigilance et Clémence au sud sculptées par Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856) et Étienne-Jules Ramey (1796–1852).

L’Arc de triomphe de la place d’Aix, carte postale