jeudi 30 juillet 2015

Adolphe Thiers (Claude Vignon sculptrice)

Ce matin, La Marseillaise a consacré une double page à une sculpture dont la trace avait été perdue. Cette redécouverte, due au journaliste David Coquille, est intéressante à plus d’un titre.

La Marseillaise
Une du 30 juillet 2015

D’abord, il s’agit de l’œuvre d’une femme au destin romanesque : Claude Vignon, pseudonyme de Marie-Noémi Cadiot (Paris, 1828 – Saint-Jean-Cap-Ferrat, 1888). En 1843, la jeune fille s’amourache d’Alphonse-Louis Constant, dit Éliphas Lévi, diacre défroqué, écrivain libre-penseur et artiste ; son père oblige l’amant à l’épouser le 13 juillet 1846 sous menace d’une accusation de détournement de mineure. Mais leur mariage ne survit pas au décès de leur fille en 1854. Elle le quitte pour le marquis de Montferrier. Parallèlement, elle apprend la sculpture auprès de James Pradier et expose au Salon, fréquente un club féministe et écrit des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de Claude Vignon. Figure du Paris impérial, elle épouse le 3 septembre 1872 le député républicain de Marseille Maurice Rouvier (1842-1911).

Claude Vignon, Adolphe Thiers premier président de la République
Buste, marbre, 78 cm x 55 cm, 1879
Lycée Thiers, 1er arrondissement
© David Coquille

Intéressant ensuite par le destin de ce buste. La sculptrice l’expose au Salon des Champs-Élysées de 1879 (n°5412) où il est acquis par l’État. Adolphe Thiers (1797-1877) étant marseillais, l’œuvre est déposée dans la foulée au musée des beaux-arts de Marseille. Toutefois, si elle est exposée dans la galerie des sculptures, ce n’est que pour peu de temps. En effet, en janvier 1881, le radical Jean-Baptiste Brochier remporte les élections municipales et le siège de maire : celui-ci s’oppose aussitôt à l’érection d’un monument public en l’honneur de l’homme qui a brisé la Commune (cf. notices des 12 mars 2008 et 26 septembre 2011) ; il est probable que le buste soit alors remisé dans les réserves du musée.
Le portrait de Thiers sort vraisemblablement de son purgatoire en 1930 au moment où le Grand Lycée prend le nom de Lycée Thiers… contre l’avis de la municipalité de gauche qui aurait préféré le nom moins polémique d’Edmond Rostand ! C’est sans doute à cette époque où on l’érige dans la cour d’honneur dudit lycée… où il ne reste guère ! On le déplace dans un couloir, puis finalement, en 1990, un employé le déménage dans les réserves d’une extension moderne de l’établissement.
Aujourd’hui, l’œuvre de Claude Vignon pourrait peut-être retrouver une place d’honneur… si la haine passionnée qui accable Adolphe Thiers s’est enfin éteinte. Ce n’était pas le cas lors des événements de mai 1968 lorsque les lycéens avaient rebaptisé leur école lycée de la Commune de Paris ! Peut-être serait-il simplement temps de se rappeler que le premier président de la République était marseillais !

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