mercredi 21 octobre 2015

L’Abbé Allemand (François Carli sculpteur)

À 18 ans, le Marseillais Jean-Joseph Allemand (1772-1836) exprime son désir de devenir prêtre contre l’avis de ses parents. Il est vrai que la Révolution vient d’éclater et que, bientôt, une vocation ecclésiastique pourrait conduire à l’échafaud ! À 20 ans, il entame donc sa formation en cachette, auprès de l’abbé Reimonet qui l’accueille sous son toit. En 1797, le traité de Tolentino signe la paix entre la République française et les États pontificaux ; de fait, l’évêque de Grasse, Mgr Prunières, peut désormais venir à Marseille et ordonner le jeune homme le 19 juillet 1798.
Cet apaisement, renforcé par le concordat de 1801, permet au nouveau prêtre d’organiser des activités pour les jeunes dès 1799. Ce sont les prémices de l’Œuvre de Jeunesse, devenue avec le temps l’Œuvre Allemand. Malgré des tensions politiques – l’Œuvre est fermée entre 1809 et 1814 mais poursuit ses activités de façon clandestine – et de multiples déménagements, l’institution grandit sous le regard bienveillant de son fondateur. Enfin, en 1820, elle s’installe dans une grande ferme – transformée par la suite en bastide – aux abords de la rue Saint-Savournin, site qu’elle occupe toujours.

François Carli, L’Abbé Allemand, statue, marbre, 1899
Œuvre Allemand, 41 rue St-Savournin, 5e arrondissement

À l’occasion du centenaire de l’Œuvre en 1899, une statue en marbre du prêtre fondateur est commandée au sculpteur catholique François Carli (1872-1957). Le littérateur Elzéard Rougier (1857-1926) la décrit de la sorte dans Le Petit Marseillais du 9 mai 1899 : « Le saint prêtre est représenté grandeur nature, assis au bord de son pauvre fauteuil, le buste penché, la figure illuminée par la pensée intérieure, dans la pose qui lui fut habituelle. Sous la soutane, on distingue la maigre anatomie de son corps usé par les veilles et les privations. Ses mains sont longues et minces, d’un modèle admirable. De l’ensemble de l’œuvre, il se dégage une harmonie sincèrement religieuse, une vérité d'expression extraordinaire. C’est bien l'abbé Allemand ascétique et détaché de toutes les choses d’ici-bas. » La bénédiction et l’inauguration officielle se déroulent le lendemain 10 mai.

François Carli, L’Abbé Allemand, esquisse, terre cuite, vers 1899
Œuvre Allemand, 41 rue St-Savournin, 5e arrondissement

Comme à son habitude, François Carli – qui est également mouleur – moule la maquette en terre cuite de statue. Ces modèles réduits, en plâtre et d’une trentaine de centimètres de hauteur, sont vendus 10 francs. S’il s’agit de souvenirs pour les acquéreurs, c’est sans doute également un moyen de financer la taille du marbre.
Au sortir de la 1ère Guerre mondiale, alors que de nombreux enfants se retrouvent orphelins, le l’Œuvre de jeunesse de Jean-Joseph Allemand prend sans doute une importance inégalée jusqu’alors. Cela explique vraisemblablement pourquoi le sculpteur décide de l’exposer à Paris, au Salon de la Société des artistes français, en 1920. La sculpture y est remarquée et le jury lui accorde une médaille de bronze. Une inscription sous le dossier de la chaise rappelle cet épisode… mais avec une erreur de date pour l’exposition !

François Carli, L’Abbé Allemand, statue, marbre, 1899
Inscription
Œuvre Allemand, 41 rue St-Savournin, 5e arrondissement

dimanche 11 octobre 2015

Berthe Girardet

J’ai récemment acheté un numéro de la revue hebdomadaire illustrée pour la jeunesse féminine Le Noël ; moi aussi, j’ai été surpris de découvrir qu’une revue intitulée Le Noël paraissait toute l’année, et ce depuis 1894 ! Dans le numéro 1887 du 20 août 1931, une certaine Magdeleine Popelin publie un article de quatre pages consacré à la sculptrice marseillaise Berthe Girardet (1861-1948).
Cet article me paraît intéressant à plus d’un titre. Il reproduit d’abord Sérénité, un grand bas-relief en pierre réalisé pour la cité phocéenne. Il cite ensuite des œuvres monumentales comme la fontaine commémorative de Chaulmes (Somme) qui m’étaient inconnues. Enfin et surtout, il donne des informations rares et précieuses sur la vocation et la formation de l’artiste à Marseille.

Magdeleine Poupelin, « Artistes d’aujourd’hui – Berthe Girardet »
Le Noël, 20 août 1931, p.260-263