mercredi 1 novembre 2017

Genèse de l’érection du Monument à la Paix (Gaston Castel architecte)

In Situ, revue des patrimoines a mis en ligne l’été dernier les actes d’un colloque auquel j’ai participé : Le collectif à l'œuvre. Collaborations entre architectes et plasticiens, XXe-XXIe siècles. Dans ma communication (https://insitu.revues.org/15391), je reviens notamment sur le contexte de l’érection du Monument à la Paix de Gaston Castel (1886-1871) ; quant à l’histoire du monument lui-même, je renvoie à ma notice publiée le 12 mars 2009.

La genèse du Monument à la Paix remonte au 9 octobre 1934, date à laquelle un indépendantiste croate assassine à Marseille le roi Alexandre Ier de Yougoslavie (1888-1934) et le ministre des Affaires étrangères Louis Barthou (1862-1934). Dès le lendemain, l’Association des amis de la Yougoslavie, par la voix de son président Louis Franchet d’Esperey (1856-1942), crée un comité pour l’érection d’un monument[1] afin de perpétuer le souvenir des victimes et la paix entre les deux nations endeuillées[2]. Dans la foulée, un sous-comité se constitue à Marseille sous la férule de Gustave Bourrageas, directeur du quotidien Le Petit Marseillais. Le 13 octobre suivant, la décision d’élever un mémorial dans la cité phocéenne est officialisée[3].

Gréber, Projet de monument 
à Alexandre Ier de Yougoslavie et Louis Barthou
Photo du dessin publié dans Marseille libre le 25 novembre 1934
Archives municipales de Marseille

Aussitôt plusieurs projets voient le jour. Ainsi, le journal Marseille libre reproduit-il celui de l’architecte Gréber – sans doute l’architecte parisien Jacques Gréber (1882-1962) – dans son édition du 25 novembre 1934[4] : un môle-embarcadère scandé de pylônes à la mémoire des défunts, à édifier au niveau du quai des Belges, dans l’axe de la Canebière. Parallèlement, le choix de l’emplacement fait rapidement débat[5]. Doit-il s’élever sur le Vieux-Port, là où le souverain a débarqué ? Doit-il investir la place de la Bourse, à proximité du lieu de l’attentat ? Doit-on préférer la place de la Préfecture puisque le monarque a rendu l’âme sur le canapé du préfet ? D’aucuns – la Ligue des Marseillais notamment – pensent que « ces trois emplacements sont aussi indésirables les uns que les autres »[6] et proposent son érection au cimetière Saint-Pierre.

Gaston Castel, Hôtel de Préfecture – projet de construction de bureaux annexes & monument national au roi Alexandre de Yougoslavie et au ministre Barthou
Archives départementales des Bouches-du-Rhône 86 J 234

Pour sa part, Gaston Castel penche pour les abords du palais préfectoral. En effet, ses fonctions d’architecte des Bouches-du-Rhône l’amènent, en 1935-1936, à réfléchir à la construction de bureaux annexes dans le jardin de la Préfecture, à l’angle du boulevard Paul Peytral et de la rue de Rome. Il s’agit d’accroître la surface d’une administration désormais à l’étroit dans ses locaux. L’occasion se révèle idéale pour transformer le projet en programme double. Il imagine alors le monument, intégré au nouveau bâtiment de service, se composant d’un mur mosaïqué devant lequel brûle la flamme du souvenir tandis que les portraits d’Alexandre Ier et de Louis Barthou ornent deux courtes ailes en saillie. Cette solution n’est finalement pas retenue, la Préfecture renonçant à lotir son jardin. Par ailleurs, l’Association des amis de la Yougoslavie décide d’ouvrir un concours à degrés[7] en mai 1937, aboutissant à l’érection du monument actuel.


[1] Ce sont finalement deux monuments que l’on réalise, l’un à Paris (Maxime Réal del Sarte, Monument à Pierre Ier de Serbie et Alexandre Ier de Yougoslavie, place de Colombie, 1936) et l’autre à Marseille.
[2] L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, ayant embrasé l’Europe, il s’agit de ne pas répéter les erreurs du passé et de préserver la paix à tous prix… d’où la dénomination de Monument à la Paix.
[3] Archive municipales de Marseille 32 M 29, lettre de l’Association des amis de la Yougoslavie au maire de Marseille Simon Sabiani, 13 octobre 1934
[4] Anonyme, « L’avenir urbanistique de la cité. À propos du monument à élever au Roi Alexandre Ier de Yougoslavie et à Louis Barthou », Marseille libre, 25 novembre 1934.
[5] Pierre Sauze, « À propos du monument au Roi Alexandre. Où doit-il être érigé ? », Massalia, 5 janvier 1935.
[6] Ibid. La Ligue des Marseillais estime que l’emplacement du quai des Belges donnerait une image désastreuse de la ville aux visiteurs officiels, remémorant sans cesse le risque d’attentat ; concernant la place de la Bourse où se dresse alors le Monument à Pierre Puget d’Henri Lombard, elle refuse qu’un souverain étranger soit mieux placé que l’une des rares statues à la gloire d’un Marseillais célèbre ; enfin, jugeant l’alliance franco-yougoslave plus profitable à la Yougoslavie qu’à la France, elle trouve excessif une érection devant la Préfecture.
[7] Une première étape sélectionne trois finalistes et une seconde désigne le lauréat.

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