lundi 18 juin 2018

En couleurs. La sculpture polychrome en France 1850-1910


Cet été, le musée d’Orsay consacre une belle exposition à la sculpture : En couleurs. La sculpture polychrome en France 1850-1910. Elle a ouvert ses portes la semaine dernière et durera jusqu’au 9 septembre 2018. Deux artistes marseillais y ont les honneurs de l’affiche : le statuaire Henri Lombard (1855-1929) et le marbrier Jules Cantini (1826-1916) avec la statue hiératique d’Hélène de Troie.

Affiche de l’exposition En couleurs

Dans ma notice du 9 juin 2009, j’ai donné historique de cette sculpture ; je n’y reviendrai donc pas. Ceci étant, je suis heureux de la voir restaurée et remontée… ce qui n’était plus le cas depuis la fin de l’exposition Marseille au XIXe siècle.

Henri Lombard et Jules Cantini, Hélène, 1885
Collections du musée des beaux-arts de Marseille

D’autres artistes phocéens figurent dignement dans l’exposition. C’est le cas de Jean Hugues (1849-1930) avec le beau buste de Ravenne. Cette œuvre a effectué ses débuts sous un autre titre : Byzance. Elle figure ainsi à l’Exposition internationale de Monaco en 1898 (n°662) et à l’Exposition coloniale de Marseille en 1906 (n°1024).

Jean Hugues, Ravenne, 1898
Collections du musée des beaux-arts d’Arras
(avec Hélène de Lombard en reflet)

On trouve également La Musique d’André Allar, mais sans son pendant La Peinture. Ce bas-relief en terre cuite partiellement émaillée fut exposé dans les stands du céramiste parisien Jules Loebnitz (1836-1895) à l’Union centrale des arts décoratifs de 1884 et à l’Exposition universelle de 1889.

André Allar, La Musique, 1884
Collections de la cité de la céramique à Sèvres

Pour finir, j’ajouterai La nature se dévoilant à la Science du sculpteur parisien Ernest Barrias (1841-1905), sans doute le chef-d’œuvre de la sculpture polychrome. Cette œuvre est réalisée en collaboration étroite avec Jules Cantini qui appose son nom sur la terrasse au même titre que le statuaire.

Ernest Barrias et Jules Cantini, La Nature se dévoila à la Science, 1899
Collections du musée d’Orsay

Si vous passez par Paris cet été, une visite au musée d’Orsay s’impose !

lundi 4 juin 2018

Jeu d’amour et La Danse (Auguste Guénot sculpteur)


Il y a quelques mois, j’ai parlé d’un décor de l’escalier de l’Opéra de Marseille. Aujourd’hui, je reviens dans ce bâtiment pour évoquer les deux groupes en bronze du foyer. Ces sculptures – Jeu d’amour et La Danse – sont l’œuvre d’Auguste Guénot (Toulouse, 1882 – Versailles, 1966).
Après ses études à l’école des beaux-arts de Toulouse et un séjour parisien, ce fils d’ébéniste codirige une entreprise de staff à Perpignan de 1910 à 1914. La guerre interrompt son activité artisanale ; après le conflit, il se révèle statuaire et obtient la réalisation de nombreux monuments aux morts : Saint-Félix-de-Lauragais, Recouvrance, Nérac… Parallèlement, il effectue ses débuts dans les Salons artistiques du Sud-Ouest, puis de Paris ; il s’y fait remarquer par des sculptures en bois illustrant ses sujets de prédilection : l’enfant et les jeunes filles nubiles.
C’est à ce moment-là que Gaston Castel le sollicite pour décorer le foyer du nouvel Opéra de Marseille. Le littérateur Tristan Klingsor lui consacre alors un article dans L’art et les artistes (octobre 1924, p.122-126) qui fait la part belle à cette première commande civile.

Auguste Guénot, Jeu d’Amour, bronze, 1924
L’art et les artistes, octobre 1924, p.125

Auguste Guénot, La Danse, bronze, 1924
L’art et les artistes, octobre 1924, p.124

« Cette recherche aboutira aux deux magnifiques groupes de bronze exécutés pour le foyer du nouvel Opéra de Marseille et exposés en 1924 au Salon des Tuileries. L’un s’intitule Jeu d’amour, l’autre La Danse. Chacun de ces groupes se compose d’une jeune femme et d’un enfant. Dans le premier, c’est l’enfant qui emprisonne les jambes de la jeune femme de ses bras potelés ; dans le second, c’est celle-ci qui tient l’enfant par les bras. Jamais Guénot n’a mieux montré son goût des formes élégantes et jeunes, des corps un peu graciles, des épaules étroites : le dos de la jeune femme de La Danse est une merveille de rythme délicat et d’harmonie heureuse. Bronzier, le sculpteur se permet de fouiller avec plus d’insistance le détail naturaliste, mais il reste toujours dans sa manière beaucoup d’aisance et de légèreté ; rien n’est lourd, rien n’y est trop appuyé. » (L’art et les artistes, octobre 1924, p.125-126)

lundi 14 mai 2018

Jean Bérengier au Salon de la Société des artistes français

Au cours de la première décennie du XXe siècle, le sculpteur marseillais Jean Bérengier (1881-1938) expose au Salon des Indépendants (1906-1908) et au Salon de la Société des artistes français (1907-1911). Cependant, il y présente deux productions très différentes : s’il envoie au premier des œuvres très variées (peintures, bustes, statuettes polychromes, art décoratif), il destine au second les morceaux purement statuaires (statues). Il ne reste hélas quasiment rien de ces grandes sculptures.

Jean Bérengier, Le pêcheur à la « traficho »

Salon de 1907 – Le pêcheur à la « traficho », statue plâtre (n°2531)
Salon de 1908 – Fatalité, statue plâtre (n°2840)

Jean Bérengier, Sambre-et-Meuse

Salon de 1910 – Sambre-et-Meuse, statue plâtre (n°3289)
Cette œuvre pittoresque représente une cantinière du régiment de Sambre-et-Meuse assise sur son âne et clamant un chant patriotique[1]. Elle obtient une mention honorable au Salon puis, en février 1911, intègre les collections du musée des beaux-arts de Marseille. Aujourd’hui elle ne s’y trouve plus ; sans doute a-t-elle été détruite !

Salon de 1911 – Éclosion, statue plâtre (n°3103)
Cette œuvre, haute de 1,80 m, a été offerte par l’artiste au musée Gassendi de Digne en 1911. Malheureusement, la majorité des plâtres – pour ne pas dire la totalité – ont été détruits par vandalisme ou par négligence à la fin des années 1960.



[1] Le Régiment de Sambre-et-Meuse est un chant patriotique français composé à la suite de la défaite militaire lors de la Guerre franco-prussienne de 1870. Il évoque l’armée de Sambre-et-Meuse formée après la victoire française de Fleurus (1794) sur les Autrichiens dans ce qui deviendra le département belge de Sambre-et-Meuse, réuni à la France de 1795 à 1814. C’est la musique militaire française la plus jouée après La Marseillaise et le Chant du départ ; elle figure chaque année au défilé du 14 juillet.

mardi 1 mai 2018

Le Salon en cartes postales : Berthe Girardet - 2


Salon de 1909 – Le fil de la vie (groupe plâtre, n°3359)

Salon de 1910 – La flèche indécise (statue marbre, n°3608)
Il s’agit du portrait d’Émile Bourcart en Amour.

Salon de 1910 – Le capitaine Ferber (buste plâtre, n°3609)

Salon de 1911 – Heureuse mère (groupe marbre, n°3384)
Il s’agit du portrait de Mme Ph. Bourcart et de ses filles.

Salon de 1913 – Celles qu’on oublie (salaire de misère)
(groupe plâtre patiné, n°3536)

Salon de 1914 – Les petites sirènes (vasque de jardin, plâtre, n°3838)

Salon de 1922 – Les femmes de France (groupe plâtre, n°3331)

dimanche 15 avril 2018

Le Salon en cartes postales : Berthe Girardet - 1

La carte postale, inventée à la fin du XIXe siècle, devient très rapidement un média promotionnel pour les artistes. Nombre d’entre eux font reproduire, entre 1900 et 1920, les œuvres peintes ou sculptées qu’ils exposent au Salon des artistes français. De fait, grâce aux cartes postales, il est possible de mettre un visuel sur une œuvre que l’on ne connaîtrait sinon que par un intitulé. Le sculpteur marseillais le plus assidu dans ce domaine est une femme : Berthe Girardet (1861-1948).

Salon de 1903 – Donnez-nous aujourd’hui
notre pain quotidien (groupe plâtre, n°2803)
La version marbre paraît quant à elle au Salon de 1913 (n°3535)

Salon de 1905 – La Vierge et l’Enfant (groupe marbre, n°3166)
« Et Marie conservait et repassait toutes ces choses dans son cœur. » (Saint Luc, II, verset 19)

Salon de 1906 – La tourmente (groupe pierre, n°3138)
« Avec ta rage aveugle et ton flot bondissant
En as-tu fait assez couler des pleurs de sang ! »
Le modèle plâtre avait été présenté au Salon de 1904 (n°2927)

Salon de 1906 – La mauvaise conseillère (groupe plâtre, n°3139)
« Tout est perdu ! L’enfant travaille et lutte encore ;
Elle est honnête ; mais elle a, quand elle veille,
La Misère, démon qui lui parle à l’oreille. » (Victor Hugo)
La version marbre paraît quant à elle au Salon de 1907 (n°2892)

Salon de 1907 – Le virage (groupe plâtre teinté, n°2893)

Salon de 1908 – La maternelle (groupe plâtre, n°3174)

Salon de 1908 – Le réveil de l’enfant (groupe pierre, n°3175)
Le modèle plâtre avait été présenté au Salon de 1905 (n°3167)

lundi 2 avril 2018

Sainte Marthe (Émilien Cabuchet sculpteur)

En 1875, à l’instar de six autres confrères, le sculpteur Émilien Cabuchet (Bourg-en-Bresse, Ain, 16 août 1819 – Bourg-en-Bresse, 24 février 1902) reçoit commande, moyennant 5000 francs, d’une statue en pierre de Calissane, haute de 2,90 mètres, pour orner la façade de la Major, nouvelle cathédrale de Marseille. Ce spécialiste d’art religieux obtient la réalisation de Sainte Marthe, sise à l’extrême droite de la galerie des saints de la Provence. 
Au printemps 1876, il expose au Salon des artistes français le modèle en plâtre, demi-grandeur, de sa figure (n°3116). Sœur de Marie-Madeleine, Sainte Marthe est représentée portant un bénitier de la main gauche et tenant un goupillon dans sa main droite. À ses pieds se trouve la Tarasque, monstre qui terrorisait les abords du Rhône aux environs de Tarascon ; la jeune femme l’a domptée en l’aspergeant d’eau bénite et l’a enchaînée pour la livrer à la vindicte des villageois.

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe, pierre, 1876
Cathédrale de la Major, 2e arrondissement

Sainte Marthe d’après Émilien Cabuchet, gravure
La Provence artistique & pittoresque, 2 juillet 1882

Deux ans plus tard, le sculpteur reprend son motif pour en tirer une réduction en bronze. La statuette, haute de 30 centimètres pour un diamètre de 10 centimètres, est signée et datée derrière la sainte, sous la tarasque E. Cabuchet / 1878. Un exemplaire en bronze doré est alors exposé au Salon des artistes français de 1879 (n°4838) ; accidenté pendant la manifestation, l’artiste reçoit de l’administration des Beaux-Arts une indemnité de 100 francs pour couvrir le préjudice (Archives nationales F/21/4295/B).
Aujourd’hui, deux autres exemplaires sont proposés à la vente sur Ebay, le premier à patine médaille au prix de 899 €, le second à patine argentée et dorée au prix de 800 €.

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe
Bronze à patine médaille, 1878

Émilien Cabuchet, Sainte Marthe
Bronze à patine argentée et dorée, 1878

jeudi 22 mars 2018

Yvonne Vézien

Le sculpteur marseillais Élie-Jean Vézien (1890-1982) participe au premier conflit mondial : il est mobilisé dès le 2 août 1914 ; le 21 mars 1916, il est blessé et fait prisonnier à Verdun. Libéré en octobre 1919, il reprend avec fougue ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à Paris. Alors que le concours du prix de Rome est limité aux élèves âgés de moins de 30 ans, il bénéficie d’une note indiquant que tous les étudiants ayant été mobilisés auraient droit à une prolongation de 4 années. De fait, à l’été 1921, à tout juste 31 ans, il remporte le 1er grand prix de Rome sur un sujet imposé, Les Fiançailles.

Élie-Jean Vézien, Les Fiançailles, plâtre, 1921
École nationale supérieure des beaux-arts, Paris
Photo ancienne, collection personnelle

Selon le règlement[1], le concours n’est ouvert qu’aux artistes célibataires. Cependant, le sujet est prémonitoire : Vézien, en route pour l’Italie et la Villa Médicis, épouse sa compagne Yvonne, à Marseille le 9 novembre 1921. Le suit-elle à Rome ? Fait-elle des allers-retours réguliers ? Quoi qu’il en soit, Yvonne Vézien est portraiturée à Rome par un peintre français, Maurice Bergès, en 1925. Cette grande huile sur toile (116 x 89 cm) passe lundi prochain, 26 mars, en vente publique à l’hôtel Drouot (étude L’Huillier & Associés, lot 226) ; elle est estimée 1200 / 1300 €.

Maurice Bergès, Yvonne Vézien, 1925
Recto et verso

Dans le même temps sans doute, le sculpteur exécute un buste en marbre de sa jeune épouse. On y reconnait sa chevelure courte et ondulée, coiffée à la garçonne, caractéristique des années folles.

Élie-Jean Vézien, Yvonne Vézien, vers 1925
Non localisée – photo ancienne, collection personnelle

Addenda du 27 mars 2018 : Le portrait d’Yvonne Vézien par Maurice Bergès s’est vendu 1000 euros hier à Drouot.


[1] L’Académie des beaux-arts ne voulait pas entretenir, en plus du lauréat, sa femme et ses enfants ; cependant, le règlement était régulièrement contourné, par une vie en concubinage et une progéniture née hors mariage.

vendredi 9 mars 2018

Monument à l’abbé Dassy (Alexandre Falguière sculpteur)

Depuis plusieurs années, on trouve sur Ebay une étude du sculpteur toulousain Alexandre Falguière (1831-1900) pour le Monument à l’abbé Louis Dassy. Il s’agit d’un grand dessin (90 x 65 cm) à l’encre, au crayon et à la craie sur papier dans un cadre de bois doré. Il est signé en bas à droite A. Falguière. Le vendeur en demande un prix déraisonnable (1 450 €) : en dépit de son format, le sujet est peu vendeur et surtout le papier couvert de taches d’humidité. Il reste néanmoins un intéressant témoignage de la genèse de ce monument.

Alexandre Falguière, Monument à l’abbé Dassy
Dessin, vers 1890-1891 
Ensemble et détails

Finalement, le groupe sculpté diffère du dessin. Les deux enfants aveugles sont regroupés à la droite du religieux qui désormais est debout. Quant à la fillette lisant en braille, elle apparaît maintenant de face au lieu de profil. Il est inauguré le 12 juin 1892 dans le jardin de la colline Puget, devant l’Institut des Jeunes Aveugles et des Sourds-Muets.

Alexandre Falguière, Monument à l’abbé Dassy
Groupe en marbre, 1892, carte postale
Colline Puget, 6e arrondissement

Sinon, concernant l’abbé Dassy, je renvoie à ma notice du 25 mars 2008.

jeudi 1 mars 2018

Charlemagne-Émile de Maupas (Eugène Lequesne sculpteur)


Samedi 10 mars, l’hôtel des ventes de Troyes propose aux enchères (lot 24) un buste en marbre blanc haut de 79 cm, estimé 3 000 à 4 000 €. Il est signé d’Eugène Lequesne (1815-1887) et daté de 1874. Il représente le sénateur de l’Aube Charlemagne-Émile de Maupas (1818-1888) qui administra le département des Bouches-du-Rhône d’octobre 1860 à décembre 1866.

Eugène Lequesne, Charlemagne-Émile de Maupas, marbre, 1874

J’ai eu l’occasion de parler de ce buste dans la communication que j’ai donnée aux Archives nationales le 3 décembre 2013, à l’occasion d’une journée d’étude (cf. notice du 1er décembre 2013) : « Le grand œuvre architectural de Maupas : la préfecture des Bouches-du-Rhône », publié en 2015 dans la revue Histoire, économie & société, 2/2015, Maupas : un préfet en politique, de la Monarchie de Juillet au Second Empire, p.88-101.

[p.94] L’administrateur des Bouches-du-Rhône souhaite marquer le bâtiment de son image. Aussi la cheminée de sa chambre de fonction s’orne-t-elle de son profil en [p.95] médaillon. Ce mobilier, imposé à tous ses successeurs, est exécutée d’après un dessin de l’architecte François-Joseph Nolau (1804-1883) par le marbrier Jules Cantini (1826-1916) en juillet 1865, moyennant 864,86 francs[1] .

Atelier Jules Cantini, Charlemagne-Émile de Maupas
Médaillon, marbre, linteau de cheminée, 1865
Préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement

Un autre portrait – un buste en marbre taillé par Eugène Lequesne – est également commandé pour la Préfecture, le 5 novembre 1864, moyennant 4 000 francs. Réceptionné le 22 décembre 1866[2] à quelques jours de la révocation de Maupas, il semble que le sénateur soit parti avec de manière indélicate : le buste semble disparaître de la Préfecture avant 1870. Or, Maupas apprécie particulièrement le talent de Lequesne puisqu’il lui commande un second portrait, exposé au Salon des artistes français de 1874 (n°3000) et à l’Exposition universelle de 1900 (exposition rétrospective de la Préfecture de Police).

Eugène Lequesne, Charlemagne-Émile de Maupas, marbre, 1874


[1] AD Bouches-du-Rhône 4 N 52, dossier Cantini : Procès-verbal de réception des cheminées du rez-de-chaussée, juillet 1865.
[2] AD Bouches-du-Rhône 4 N 49 : Procès-verbal de réception d’un buste en marbre confié à M. Lequesne, 22 décembre 1866.

jeudi 15 février 2018

Le maréchal Joseph Joffre

Je profite d’être encore dans les commémorations du centenaire de 14-18 pour m’intéresser à l’un des chefs d’état-major de la Grande Guerre : le général – maréchal à partir de 1916 – Joseph Joffre (1852-1931), controversé à cause de sa stratégie d’offensive à outrance extrêmement coûteuse en vies humaines pour une reconquête territoriale médiocre. Malgré la polémique, comme le dit alors le général Philippe Pétain (1856-1951), « Que cela plaise ou non, Joffre est à jamais le vainqueur de la Marne. » En effet, sous son commandement, les alliés stoppent la progression allemande et stabilisent le front nord au début de la guerre.
Dans les pays alliés – Canada et États-Unis en tête – comme en France, il jouit d’une extrême popularité frôlant l’idolâtrie : des enfants sont prénommés Joffre ou Joffrette, des poèmes lui sont dédiés, des images d’Épinal le montrent en père protecteur de la République, des assiettes illustrées et des statuettes vantent sa gloire. C’est ainsi que quelques sculpteurs marseillais participent à cette « joffrolâtrie ».

Sous l’égide de la Victoire, notre Joffre
Carte postale

Paul Gondard, Le général Joffre, buste en plâtre, 1914
Actuellement en vente sur Ebay

Paul Gondard (1884-1953) réalise un petit buste d’édition en plâtre (H. 13 cm – L. 13 cm – P. 7 cm), très certainement d’après photo. Le général Joffre est coiffé d’un képi et vêtu d’une tenue militaire simple sur laquelle se détache une médaille (La grand-croix de la Légion d’honneur reçue le 11 juillet 1914 ?  La médaille militaire obtenue le 26 novembre 1914 ?). La date au dos (1914) désigne sans ambiguïté le héros de la Marne : au début de septembre 1914, les Allemands sont en Seine-et-Marne, menaçant Paris ; le fameux épisode des taxis de la Marne permet d’apporter sur le front des troupes fraîches et de repousser l’ennemi. Le 13 septembre, Joffre annonce la victoire au gouvernement : « Notre victoire s’affirme de plus en plus complète. Partout l’ennemi est en retraite. À notre gauche, nous avons franchi l’Aisne en aval de Soissons, gagnant ainsi plus de cent kilomètres en six jours de lutte. Nos armées au centre sont déjà au niveau de la Marne et nos armées de Lorraine et des Vosges arrivent à la frontière. »

Emprunt de la Libération – le maréchal Joffre

Adolphe Royan, Le maréchal Joffre, buste en plâtre, vers 1918
Carte postale

Adolphe Royan (1869-1925) propose pour sa part un buste plus monumental mais également inspiré par une photographie. Le maréchal porte le bicorne et son grand uniforme d’apparat placardé de médailles. L’œuvre date vraisemblablement des années 1916-1920, peut-être de 1918, date de l’armistice et de l’élection de Joffre à l’Académie française… hommage qui donnera naissance à l’expression « une élection de maréchal », c’est-à-dire non justifiée par les talents d’écrivain du postulant.

jeudi 1 février 2018

La Danse (Henri Varenne sculpteur)

Au printemps 1925, le sculpteur Henri Varenne (Chantilly, Oise, 1860 – Paris, 1933) expose dans la capitale, au Salon de la Société des artistes français, un bas-relief figurant La Danse destiné à l’opéra municipal de Marseille (n°1910).

Henri Varenne, La Danse, Salon de 1925
Carte postale

Formé à l’école supérieure des beaux-arts de Paris, Varenne mène une carrière de sculpteur académique sur de nombreux chantiers à Tours (basilique Saint-Martin, hôtel de ville, gare), à Paris (gare d’Orsay), à Aix-les-Bains (thermes)… Son talent lui obtient en 1900 la rosette de chevalier de la Légion d'honneur.
C’est donc un artiste bien installé lorsque l’architecte Gaston Castel (Pertuis, Vaucluse, 1886 – Marseille, 1971) l’appelle pour décorer l’opéra de Marseille qu’il reconstruit entre 1920 et 1924[1] : Varenne est alors le seul sculpteur non méridional sollicité . Malgré son âge, il fait totalement évoluer son style pour se fondre dans l’art déco triomphant du nouvel opéra : son bas-relief, destiné au décor de l’escalier droit, propose une procession de cinq corps féminins longilignes et stylisés ; l’énergie de la frise tient à la répétition rythmique des figures (la danseuse au tambourin, par exemple) avec de faibles variations dans la gestuelle et dans la coiffe.

Henri Varenne, La Danse, bas-relief, 1924
Escalier droit de l’opéra, rue Saint-Saëns, 1er arrondissement
© photo Emmanuel Laugier

Lors de la soirée inaugurale, le 3 décembre 1924, la presse vante dans la décoration la grande complémentarité des œuvres (architecture, peinture et sculpture). Puis, dans la foulée de l’inauguration, Varenne expose le modèle de La Danse au Salon (Grand Palais) alors que, dans le même temps, l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes (esplanade des Invalides) consacre le style art déco.



[1] Un incendie accidentel avait ravagé l’opéra – ou grand théâtre – de Marseille, le 13 novembre 1919, à l’issue d’une répétition de L’Africaine de Giacomo Meyerbeer.

lundi 15 janvier 2018

Vers la vie (Charles Delanglade sculpteur)

Aujourd’hui, je m’intéresse à une œuvre de Charles Delanglade (1870-1952) dont j’aimerais retrouver la trace.

Charles Delanglade, Vers la vie, statue en marbre, 1910
Carte postale

L’histoire débute à Marseille, en avril 1907, à l’occasion de la première – et sans doute unique – exposition du Cénacle, groupe d’artistes qui souhaite créer un cadre intimiste pour présenter ses œuvres loin des Salons artistiques croulant sous la surabondance. Organisée dans la galerie de l’expert en tableaux Jules Ollive, sise au n°7 du boulevard Longchamp, la manifestation – essentiellement picturale – n’accueille guère qu’un sculpteur : Charles Delanglade… « la bienveillance nous faisant un devoir de passer sous silence les œuvres de Paul Vincks. »[1]
Delanglade présente notamment une sculpture intitulée Prairial. Son titre allégorique évoque le neuvième mois du calendrier républicain, symbole « de la fécondité riante & de la récolte des prairies de mai en juin » selon Fabre d’Églantine (1750-1794). Lorenzo, critique de La Vedette, consacre de longues lignes à cette œuvre : « Sous le nom de Prairial, statue plâtre grandeur nature, [Delanglade] nous montre une jeune fille dont les formes graciles indiquent qu’elle atteint à peine l’âge de la nubilité. Chaste dans sa nudité, la tête à demi cachée par sa chevelure, disposée en tresses menues, elle s’avance vers le spectateur dévoilant le charme de sa beauté non encore épanouie. / Après avoir fait quelques réserves au sujet de la tête dont le modelé trop arrondi manque de caractère ; sans restrictions [sic] nous louerons les jambes fines et nerveuses, les rotules aux méplats surement précisés, la poitrine et le bassin d’une maigreur bien juvéniles [sic], car tout cela décèle un artiste amoureux de la forme et sincèrement épris de la beauté féminine. »[2]
Trois ans plus tard, la sculpture reparaît sous les hospices du marbre, avec un nouveau titre plus symboliste qu’allégorique : Vers la vie. Elle figure au Salon de la Société des artistes français de 1910 (n°3491), à Paris, où elle reçoit une mention honorable. Auréolé de ce succès, Delanglade propose alors, en mars 1911, d’échanger son Cyclope – œuvre de jeunesse qui se trouve au musée des beaux-arts de Marseille – contre Vers la vie – œuvre de maturité récemment primée ; cette substitution est acceptée le 11 août 1911.
Hélas ! La statue ne se trouve plus aujourd’hui dans les réserves du Palais Longchamp. Sans doute en est-elle sortie à une date inconnue pour orner un bâtiment municipal. Je lance donc un appel pour la retrouver.


[1] Lorenzo, « Note d’art. Le Cénacle », La Vedette, 6 avril 1907, p.174.
[2] Idem.