jeudi 22 mars 2018

Yvonne Vézien

Le sculpteur marseillais Élie-Jean Vézien (1890-1982) participe au premier conflit mondial : il est mobilisé dès le 2 août 1914 ; le 21 mars 1916, il est blessé et fait prisonnier à Verdun. Libéré en octobre 1919, il reprend avec fougue ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à Paris. Alors que le concours du prix de Rome est limité aux élèves âgés de moins de 30 ans, il bénéficie d’une note indiquant que tous les étudiants ayant été mobilisés auraient droit à une prolongation de 4 années. De fait, à l’été 1921, à tout juste 31 ans, il remporte le 1er grand prix de Rome sur un sujet imposé, Les Fiançailles.

Élie-Jean Vézien, Les Fiançailles, plâtre, 1921
École nationale supérieure des beaux-arts, Paris
Photo ancienne, collection personnelle

Selon le règlement[1], le concours n’est ouvert qu’aux artistes célibataires. Cependant, le sujet est prémonitoire : Vézien, en route pour l’Italie et la Villa Médicis, épouse sa compagne Yvonne, à Marseille le 9 novembre 1921. Le suit-elle à Rome ? Fait-elle des allers-retours réguliers ? Quoi qu’il en soit, Yvonne Vézien est portraiturée à Rome par un peintre français, Maurice Bergès, en 1925. Cette grande huile sur toile (116 x 89 cm) passe lundi prochain, 26 mars, en vente publique à l’hôtel Drouot (étude L’Huillier & Associés, lot 226) ; elle est estimée 1200 / 1300 €.

Maurice Bergès, Yvonne Vézien, 1925
Recto et verso

Dans le même temps sans doute, le sculpteur exécute un buste en marbre de sa jeune épouse. On y reconnait sa chevelure courte et ondulée, coiffée à la garçonne, caractéristique des années folles.

Élie-Jean Vézien, Yvonne Vézien, vers 1925
Non localisée – photo ancienne, collection personnelle

Addenda du 27 mars 2018 : Le portrait d’Yvonne Vézien par Maurice Bergès s’est vendu 1000 euros hier à Drouot.


[1] L’Académie des beaux-arts ne voulait pas entretenir, en plus du lauréat, sa femme et ses enfants ; cependant, le règlement était régulièrement contourné, par une vie en concubinage et une progéniture née hors mariage.

vendredi 9 mars 2018

Monument à l’abbé Dassy (Alexandre Falguière sculpteur)

Depuis plusieurs années, on trouve sur Ebay une étude du sculpteur toulousain Alexandre Falguière (1831-1900) pour le Monument à l’abbé Louis Dassy. Il s’agit d’un grand dessin (90 x 65 cm) à l’encre, au crayon et à la craie sur papier dans un cadre de bois doré. Il est signé en bas à droite A. Falguière. Le vendeur en demande un prix déraisonnable (1 450 €) : en dépit de son format, le sujet est peu vendeur et surtout le papier couvert de taches d’humidité. Il reste néanmoins un intéressant témoignage de la genèse de ce monument.

Alexandre Falguière, Monument à l’abbé Dassy
Dessin, vers 1890-1891 
Ensemble et détails

Finalement, le groupe sculpté diffère du dessin. Les deux enfants aveugles sont regroupés à la droite du religieux qui désormais est debout. Quant à la fillette lisant en braille, elle apparaît maintenant de face au lieu de profil. Il est inauguré le 12 juin 1892 dans le jardin de la colline Puget, devant l’Institut des Jeunes Aveugles et des Sourds-Muets.

Alexandre Falguière, Monument à l’abbé Dassy
Groupe en marbre, 1892, carte postale
Colline Puget, 6e arrondissement

Sinon, concernant l’abbé Dassy, je renvoie à ma notice du 25 mars 2008.

jeudi 1 mars 2018

Charlemagne-Émile de Maupas (Eugène Lequesne sculpteur)


Samedi 10 mars, l’hôtel des ventes de Troyes propose aux enchères (lot 24) un buste en marbre blanc haut de 79 cm, estimé 3 000 à 4 000 €. Il est signé d’Eugène Lequesne (1815-1887) et daté de 1874. Il représente le sénateur de l’Aube Charlemagne-Émile de Maupas (1818-1888) qui administra le département des Bouches-du-Rhône d’octobre 1860 à décembre 1866.

Eugène Lequesne, Charlemagne-Émile de Maupas, marbre, 1874

J’ai eu l’occasion de parler de ce buste dans la communication que j’ai donnée aux Archives nationales le 3 décembre 2013, à l’occasion d’une journée d’étude (cf. notice du 1er décembre 2013) : « Le grand œuvre architectural de Maupas : la préfecture des Bouches-du-Rhône », publié en 2015 dans la revue Histoire, économie & société, 2/2015, Maupas : un préfet en politique, de la Monarchie de Juillet au Second Empire, p.88-101.

[p.94] L’administrateur des Bouches-du-Rhône souhaite marquer le bâtiment de son image. Aussi la cheminée de sa chambre de fonction s’orne-t-elle de son profil en [p.95] médaillon. Ce mobilier, imposé à tous ses successeurs, est exécutée d’après un dessin de l’architecte François-Joseph Nolau (1804-1883) par le marbrier Jules Cantini (1826-1916) en juillet 1865, moyennant 864,86 francs[1] .

Atelier Jules Cantini, Charlemagne-Émile de Maupas
Médaillon, marbre, linteau de cheminée, 1865
Préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement

Un autre portrait – un buste en marbre taillé par Eugène Lequesne – est également commandé pour la Préfecture, le 5 novembre 1864, moyennant 4 000 francs. Réceptionné le 22 décembre 1866[2] à quelques jours de la révocation de Maupas, il semble que le sénateur soit parti avec de manière indélicate : le buste semble disparaître de la Préfecture avant 1870. Or, Maupas apprécie particulièrement le talent de Lequesne puisqu’il lui commande un second portrait, exposé au Salon des artistes français de 1874 (n°3000) et à l’Exposition universelle de 1900 (exposition rétrospective de la Préfecture de Police).

Eugène Lequesne, Charlemagne-Émile de Maupas, marbre, 1874


[1] AD Bouches-du-Rhône 4 N 52, dossier Cantini : Procès-verbal de réception des cheminées du rez-de-chaussée, juillet 1865.
[2] AD Bouches-du-Rhône 4 N 49 : Procès-verbal de réception d’un buste en marbre confié à M. Lequesne, 22 décembre 1866.