lundi 16 juillet 2018

Le ciseleur Guérin, graveur en médailles et orfèvre

J’ai acquis, voici quelques mois, le portrait du Ciseleur Guérin par Pierre Jean (Noé, Haute-Garonne, 1857 - ?, après 1925), professeur de peinture à l’école des beaux-arts de Marseille. Ce tableau a été exposé à deux reprises au Salon de l’Association des artistes marseillais, en 1908 (n°82 : Le ciseleur Guérin) et en 1913 pour une rétrospective du peintre (n°122 : Portrait de Guérin, ciseleur). C’est l’occasion de parler aujourd’hui de l’œuvre de Jean-Baptiste Guérin (Marseille, 3 juin 1865 - ?, vers 1930).

Pierre Jean, Le ciseleur Guérin, huile/toile, 1908
Collection personnelle

Jean-Baptiste Guérin – qui signe ses œuvres J. Guerin – débute sa carrière comme graveur vers 1894. Il produit alors des insignes et des médailles, qu’il frappe et cisèle dans son atelier. Ce sont de petits objets n’excédant pas 5 cm de diamètre. Les particuliers, les clubs divers et variés, la municipalité recourent à son talent pour une commémoration ou un prix à décerner.

Jean-Baptiste Guérin, 25e anniversaire de La Phocéenne – Société de gymnastique et de tir – 1879-1904, bronze

Jean-Baptiste Guérin, Pierre Puget – École des beaux-arts – Marseille, argent

Jean-Baptiste Guérin, Ernest Reyer – Conservatoire de musique et de déclamation – Marseille, argent

Peu à peu, son travail de ciselure le conduit à la joaillerie. Il expose alors ses créations dans différentes manifestations artistiques phocéennes du début du XXe siècle : Le Char d’Amphitrite, collier ciselé or, brillants et émaux translucides (Exposition coloniale, 1906, n°1224) ; Collection de bijoux d’art originaux (Salon de l’Association des artistes marseillais, 1908, n°365). Son talent d’orfèvre est très largement salué : « Les bijoux de Guérin, d’une ciselure si fine et d’un cachet d’art si personnel, sont un des grands attraits de la section des arts décoratifs. » (Louis Sabarin, La Vedette, 27 février 1908, p.103) ; « La collection de bijoux d’art ciselés par J. Guérin, passé maître en la délicatissime matière, s’épanouit entre les attractions les meilleures du Salon. » (Elzéard Rougier, Le Petit Marseillais, 27 février 1908). Sa réputation lui acquiert rapidement les honneurs : il est fait officier d’Académie en 1903 puis officier de l’Instruction publique en 1907.
Il n’abandonne pas la frappe de médailles pour autant. Outre sa propre production, il frappe les œuvres de quelques confrères, comme la médaille du Professeur Louis Villeneuve de Charles Delanglade (1870-1952) en 1909. Par ailleurs, durant la Première Guerre mondiale, il émet des monnaies de nécessité pour le compte de la Chambre de Commerce de Marseille ; ces petits jetons, tolérés par le ministère des Finances à l’échelle nationale dès le 16 août 1914, ont pour but de pallier le manque de numéraire pendant le conflit.

Jean-Baptiste Guérin, 5 et 10 centimes, cupro-nickel, 1916

Jean-Baptiste Guérin disparaît de l’Indicateur marseillais en 1931, vraisemblablement suite à son décès. Son domicile et son activité de joaillier sont alors repris par son apprenti et gendre Louis Descoms.

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